Chronique ouvrière

Syndicats / Employeurs / Salariés : une relation triangulaire toxique ?

mardi 8 février 2011 par Marie-Laurence NEBULONI

Les médias n’ont jamais autant parlé des syndicats, notamment à l’occasion de la destruction, par les serviteurs du MEDEF, du régime de retraite par répartition.

Et pourtant, ils n’ont jamais été aussi faibles, en nombre de militants, ni aussi inefficaces, les mesures programmées par le gouvernement étant toutes tranquillement validées par le parlement. Et rien de permet d’affirmer que les courageuses mobilisations des victimes du dépeçage des acquis de la résistance aient permis de ralentir le rouleau compresseur gouvernemental.

Et pourtant ils font fantasmer nos syndicats, tel ce journaliste de la télévision de propagande ébahi par la « puissance » de la CGT.

A quoi a-t-elle servi, en l’occurrence, cette puissance ? Elle n’a rien empêché.

Et pourtant, quelle détermination chez les militants de base ! Comment ne pas être admiratifs devant les piquets de grève, les occupations d’usine, les blocages de dépôts par des ouvriers, dont les salaires n’avaient pas besoin d’une grève pour atteindre un niveau honteusement bas ?

Et c’est bien là que réside la richesse de toute organisation syndicale : ses militants, leur dévouement à la cause collective, leur honnêteté, leur disponibilité au service des collègues, parfois au détriment de leur vie privée.

Alors, d’où provient ce décalage entre la détermination d’en bas et les hésitations d’en haut ?

Le gouvernement et son maître (le MEDEF) ne s’y sont pas trompés : tandis que le Président, téléphone, invite, reçoit les secrétaires confédéraux dans des lieux prestigieux, sous l’œil avide des caméras, le gouvernement incite, avec succès, les adversaires sociaux à conclure un accord de représentativité générateur de précarisation des sections syndicales [1]
, et les employeurs répercutent les mêmes méthodes dans leurs entreprises, notamment les grosses.
En effet, il existe des PME où la haine du syndicat se manifeste encore à l’ancienne par son absence de toute concession.

A une époque où les « élites » d’entreprise, car c’est bien ainsi que les dirigeants se considèrent, ne sont plus autorisés à exprimer publiquement leur mépris des couches laborieuses, il faut trouver moyen de maintenir ces gens là en esclavage, payés le moins possible pour travailler le plus possible, tout prétendant le contraire.

L’un des moyens d’y parvenir est l’association employeur, syndicats professionnels.

Rien ne vaut de bons accords d’entreprise, conclus avec des syndicats que des facétieux surnomment « PATHE MARCONI », pour légitimer des mesures néfastes aux salariés (individualisation de la rémunération, suppression de postes, déréglementation du temps de travail…) [2] . La loi d’août 2008 accompagne d’ailleurs cette régression des mœurs, en permettant des accords dérogatoires à la loi en matière d’aménagement du temps de travail dans un sens défavorable aux salariés [3].

Mais, souvent, c’est en toute bonne foi que l’OS coopère. A titre d’exemple, qui n’a déjà entendu parler de ce chantage pratiqué par des sociétés à leurs employés : baisse de la rémunération, suppression des RTT…en contrepartie de la sauvegarde de l’emploi ?
Et l’histoire se termine toujours de la même façon : quelques courtes années après, l’entreprise ferme, au prétexte de fausses difficultés économiques, mais pour augmenter de vrais profits privés, et les salariés se retrouvent sur le carreau.
Une responsabilité énorme est, à cette occasion imposée aux OS : celle d’orienter le choix de leurs collègues et d’en assumer les conséquences au profit du patron voyou.
Celui-ci garde le beau rôle en culpabilisant les victimes et leur désignant un coupable : le syndicat.

Autre exemple : le dénigrement inverse, c’est-à-dire celui du salarié par l’employeur à destination du syndicat : « vous n’allez pas défendre un cas pareil, vous allez déconsidérer l’organisation… ».
Curieusement, les employeurs sont également particulièrement hostiles à l’intervention volontaire des syndicats dans les procédures prud’homales. Ils n’hésitent pas à tenter de les dissuader de participer à l’instance et, en cas d’échec, à formuler de lourdes demandes reconventionnelles.

Bref, à notre époque post démocratique, le patron voyou considère le syndicat comme un partenaire en vue d’organiser l’exploitation des travailleurs et non comme le représentant chargé de défendre les intérêts des salariés.
En cela, il s’inscrit pleinement dans la politique de démantèlement des droits sociaux organisée par plusieurs années de dictatures de droite dans une politique organisée de perte des repères collectifs dont une des conséquences est la désyndicalisation.

Travailleurs, travailleuses, il faut renforcer le syndicalisme : moins il y a de syndicalistes, moins il y a de droits au sein de l’entreprise et moins il y a de démocratie au sein des organisations. Ne laissons pas le droit du travail et les conventions collectives tomber en désuétude.
Il faut vous syndiquer massivement, pour reprendre le pouvoir qui vous a été ôté dans la cité et, ainsi, reconquérir les droits obtenus par nos aïeux.
Syndiquez-vous, indignez-vous [4], révoltez-vous !


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